C'est un film de l'amour. De l'amour comme moi je le connais. Pas la version kitsch, purifiée et isolée. Mais l'amour comme il arrive dans nos vies, avec les imperfections, des inégalités d'intensité de sentiments, avec les bagages d'amours antérieurs qui ne disparaissent pas dans une nouvelle relation et avec des discussions plein d'hésitation. C'est complètement crédible de voir François deux fois parler de l'amour éternel- parce que c'est ça qui nous arrive: Croire un amour pour l'éternité pour se rendre compte qu'il a été fini dans l'espace du temps. Le jeu particulier de Garrel fils est simplement parfait pour ce genre de film et c'est un plaisir de le voir. J'adore aussi la façon dont Garrel père utilise le son - et surtout la réduction de la musique à l'essentiel. On reste avec les gens, on les entends parler, réspirer, se gratter, on peut les rencontrer sans que la musique nous emmène et nous implique d'émotions. Ce langage de Garrel, de nous laisser le temps de connaître les personnes à l'écran, avec le vrai son et des prises presque photographiques, statiques, ne devient jamais lourd, mais laisse agréablement beaucoup d'espace pour les propres pensées du spectateur.[Et, youhou!, quelqu'un arrive à faire un film qui parle de l'amour, de l'amour fou même, sans qu'on est obligé de voir les acteurs explicitement faire l'amour! ]
Il empêche, ce film a des moments ou je me demandais "mais qu'est-ce qu'ils ont foutu, les scénaristes?" Des fois il y a des monologues ridicules (à titre d'exemple parce que je m'en souviens "Le jour où le dernier survivant des camps de concentration mourra, la troisième guerre mondiale commencera"- une ligne qui tombe de nul part et franchement, qui ne veut rien dire. Encore plus, le petit interlude avec l'antisemitisme, je n'y ai rien compris, mais alors rien du tout sur ce qu'il devrait apporter au film.), tout le traitement dans l'asyle date d'il y a plusieurs décennies (clairement pas l'époque du film si l'on compare ça avec l'ordinateur dans la réception de l'hôtel) et surtout tout le developpement sur la fin est très génant, pour ne pas utiliser le mot "ridicule" (et les effets spéciaux très mal faits). Le pire est que ces mauvais moments sont de plus en plus fréquents sur la fin. Pour l'histoire,c'est là où elle commence vraiment, si l'on imagine le traumatisme que la jeune femme a dû subir.
Mais ce que je reproche au film le plus, c'est que je suis sortie du cinéma dans le même état d'âme avec lequel j'y suis entrée.
La frontière de l'aube, sortie le 18 février en Suisse.
Bande annonce
15.3.09
la frontière de l'aube
Calculé par
Mademoiselle Différentielle
à
08:07
dérivées partielles: carnet de (pseudo) cinéphile, français
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